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Comment l’IA transforme le marché de l’emploi des développeurs

Par Adil Soukaini

, 7 min de lecture

L'IA n'a pas fait disparaître les emplois de développeur, mais elle change le profil des personnes recrutées. Aux États-Unis, les offres d'emploi en développement logiciel restent 27,5 % sous leur niveau de février 2020, tout en ayant progressé de près de 15 % depuis début 2025, une hausse portée surtout par les postes seniors et ceux liés à l'IA. Les pertes les plus nettes concernent les débuts de carrière, chez les 22-25 ans.

Cet article rassemble les données officielles et les travaux de recherche les plus récents (jusqu'à mi-2026) sur l'emploi, les offres et les compétences, puis en tire des conséquences concrètes pour un fondateur qui s'apprête à recruter.

L'emploi : toujours en croissance, mais pas pour tout le monde

Le Bureau of Labor Statistics américain (BLS) recensait 1 717 800 emplois de développeur logiciel en 2025 et prévoit une croissance de 10 % entre 2025 et 2035, soit environ 174 700 postes supplémentaires. Le salaire annuel médian était de 135 980 dollars en mai 2025. Le BLS relie directement cette demande à l'IA : il l'attribue à « l'expansion continue du développement logiciel pour l'intelligence artificielle (IA), l'Internet des objets, la robotique et d'autres applications d'automatisation ».

Le tableau est différent pour le métier plus étroit de « programmeur ». Le BLS anticipe un recul de 7 % sur la même décennie (110 800 emplois en 2025), en citant l'automatisation, la prise en charge des tâches de code répétitives par l'IA et le transfert du travail de conception vers les développeurs.

En Europe, la tendance reste haussière. Selon Eurostat, plus de 10 millions de spécialistes des TIC travaillaient dans l'UE en 2025, soit 5,0 % de l'emploi total, en hausse de 59,4 % entre 2015 et 2025, contre 9,8 % pour l'emploi total.

Le vrai message n'est donc pas « moins de développeurs ». C'est un glissement : moins de postes qui se contentent de traduire une spécification en code, davantage de postes qui conçoivent, intègrent et prennent la responsabilité d'un système.

Les offres d'emploi : une reprise lente, tirée par les seniors et l'IA

Les offres d'emploi réagissent plus vite que les statistiques d'emploi. D'après Indeed Hiring Lab (juillet 2026) :

  • les offres américaines en développement logiciel restent 27,5 % en dessous de leur niveau de février 2020 ;
  • elles ont progressé de près de 15 % depuis le lancement de Claude Code fin février 2025, alors que l'ensemble des offres a reculé de 7 % sur la même période ;
  • 71 % de la hausse entre mai 2025 et mai 2026 vient de postes seniors, et 37 % d'offres dont l'intitulé mentionne l'IA ;
  • la part du développement logiciel dans l'ensemble des offres augmente dans la plupart des grandes économies développées, à l'exception notable de l'Allemagne et de la France.

Début 2026, Indeed relevait déjà que les offres en développement logiciel mentionnaient l'IA dans 20 % des cas ou plus, et que les offres tech citant l'IA dépassaient d'environ 45 % leur niveau de février 2020, alors que l'ensemble des offres tech restait 34 % en dessous.

Les perdants : les développeurs en début de carrière

Les indices les plus solides d'un effet de l'IA concernent les jeunes. Les chercheurs de Stanford Erik Brynjolfsson, Bharat Chandar et Ruyu Chen exploitent les données de paie d'ADP, qui couvrent des millions de salariés américains. Dans leur révision d'août 2026, l'emploi des 22-25 ans dans les métiers exposés à l'IA se situe 19 % sous le niveau qu'il aurait atteint s'il avait suivi celui de leurs pairs moins exposés. Les salariés expérimentés ne présentent pas d'écart comparable, et l'ajustement passe surtout par moins d'embauches de jeunes, pas par des licenciements. Les auteurs précisent aussi ne trouver « aucune preuve d'un remplacement massif des emplois à l'échelle de l'économie ».

Les développeurs logiciels font partie des deux cas étudiés en détail. Dans la version de novembre 2025, l'emploi des développeurs de 22 à 25 ans avait baissé de près de 20 % par rapport à son pic de fin 2022, à la date de septembre 2025, alors que les tranches d'âge plus élevées continuaient de progresser.

Tout le monde ne lit pas ces chiffres de la même façon. L'équipe Economic Graph de LinkedIn (février 2026) constate que les embauches d'ingénieurs logiciels ont globalement suivi celles du secteur tech et de l'économie, et que l'évolution des taux d'intérêt réels explique l'essentiel des variations sur dix ans. Elle juge « préoccupante » l'absence de reprise des embauches juniors fin 2025, sans y voir la preuve que l'IA en est la cause. Notre article sur le recrutement des développeurs juniors à l'ère de l'IA détaille ce débat.

Les métiers et compétences qui progressent, et ceux qui reculent

En progression

  • Les profils seniors, qui portent l'essentiel de la reprise des offres en 2025-2026 (Indeed).
  • Les ingénieurs IA : selon LinkedIn, leur part dans les embauches d'ingénieurs logiciels est 14 fois plus élevée qu'en 2019 et 10 fois plus qu'en 2022. Celle des ingénieurs en machine learning a environ doublé depuis 2019.
  • Le cloud et la donnée : les compétences les plus fréquentes chez les ingénieurs recrutés en 2021-2025 sont Python, AWS, SQL, JavaScript et React.js ; parmi celles qui progressent le plus vite figurent l'IA, Tailwind CSS, Azure Databricks, Google BigQuery et Azure SQL (LinkedIn).
  • Les postes hors des entreprises tech : les services professionnels sont passés de 21,2 % à 28,2 % des offres d'ingénieur logiciel entre décembre 2023 et décembre 2025 (LinkedIn).

En recul ou sous pression

  • Les postes de pur codage, comme le montre la projection du BLS pour les programmeurs.
  • Les postes d'entrée, d'après les données de Stanford et la stagnation des embauches juniors observée par LinkedIn fin 2025.
  • Les profils limités aux bases du web : LinkedIn rappelle qu'en 2016-2020 les compétences phares étaient JavaScript, CSS et HTML ; les recrutements privilégient désormais Python, le cloud et l'IA.

Ce que cela change pour un fondateur qui recrute

Concrètement, ces chiffres se traduisent en quelques décisions :

  1. Prévoir le budget de l'expérience. Si la nouvelle demande porte surtout sur les seniors, c'est là que la concurrence et les salaires se tendent. Notre analyse du coût d'un recrutement de développeur aide à comparer les options.
  2. Recruter pour le jugement, pas pour la vitesse de frappe. Les assistants génèrent du code vite ; ce qui est rare, c'est de savoir quoi construire, relire, tester et sécuriser. Les études sur la productivité des assistants de code IA montrent des gains réels mais inégaux, qui dépendent des pratiques de revue et de test.
  3. Ne pas compter se passer complètement de développeurs. Les générateurs d'applications par IA livrent un prototype, mais la sécurité et la maintenance exigent quelqu'un de responsable. Voir les limites du vibe coding pour un MVP.
  4. Demander aux candidats comment ils utilisent l'IA. Avec au moins une offre logicielle sur cinq qui mentionne l'IA, c'est devenu une compétence à évaluer. Notre guide pour recruter un développeur en 2026 explique comment.
  5. Regarder au-delà du CDI. Une petite équipe n'a pas toujours besoin d'un senior à temps plein. Comparez freelance, agence et forfait mensuel de développement avant de trancher.

Questions fréquentes

L'IA va-t-elle remplacer les développeurs ?

Les données actuelles ne le montrent pas. Le BLS prévoit toujours une croissance de 10 % des emplois de développeur entre 2025 et 2035, et l'équipe de Stanford ne constate pas de destruction d'emplois à l'échelle de l'économie. Ce qui recule, ce sont les embauches de juniors et les postes de pur codage.

Le marché des développeurs repart-il en 2026 ?

Les offres se redressent : Indeed mesure près de 15 % de hausse des offres en développement logiciel aux États-Unis depuis début 2025, même si elles restent 27,5 % sous février 2020. L'essentiel de la demande nouvelle porte sur des postes seniors et liés à l'IA.

Quelles compétences de développeur sont les plus recherchées ?

Les données LinkedIn de 2026 citent Python, les plateformes cloud (AWS, Azure, Google Cloud), SQL, React et les compétences liées à l'IA. Dans les faits, les employeurs cherchent aussi des personnes capables de relire et tester du code généré par IA.

Est-ce le bon moment pour une startup de recruter des développeurs ?

Les développeurs expérimentés sont très demandés : attendez-vous à de la concurrence pour les bons seniors. Les juniors sont plus faciles à trouver, mais ils demandent de l'encadrement et du temps de revue. Vérifiez d'abord ce que votre équipe peut réellement accompagner.

Sources

  1. Software Developers, Quality Assurance Analysts, and Testers (Occupational Outlook Handbook), U.S. Bureau of Labor Statistics, 2026
  2. Computer Programmers (Occupational Outlook Handbook), U.S. Bureau of Labor Statistics, 2026
  3. AI and Job Postings: From Destruction to Creation?, Indeed Hiring Lab, 2026-07
  4. January 2026 US Labor Market Update: Jobs Mentioning AI Are Growing Amid Broader Hiring Weakness, Indeed Hiring Lab, 2026-01
  5. Canaries in the Coal Mine? Six Facts about the Recent Employment Effects of Artificial Intelligence (revised), Stanford Digital Economy Lab, 2026-08
  6. Canaries in the Coal Mine? (working paper, November 2025 version), Stanford Digital Economy Lab, 2025-11
  7. U.S. Software Engineer Talent Landscape, LinkedIn Economic Graph, 2026-02
  8. ICT specialists in employment, Eurostat, 2026

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